Soleil couchant
Notre-Dame
Que c’est beau !
Victor HUGOEn passant sur le pont de la Tournelle, un soir,
Je me suis arrêté quelques instants pour voir
Le soleil se coucher derrière Notre-Dame.
Un nuage splendide à l’horizon de flamme,
Tel qu’un oiseau géant qui va prendre l’essor,
D’un bout du ciel à l’autre ouvrait ses ailes d’or,
- Et c’était des clartés à baisser la paupière.
Les tours au front orné de dentelles de pierre,
Le drapeau que le vent fouette, les minarets
Qui s’élèvent pareils aux sapins des forêts,
Les pignons tailladés que surmontent des anges
Aux corps roides et longs, aux figures étranges,
D’un fond clair ressortaient en noir ; l’Archevêché,
Comme au pied de sa mère un jeune enfant couché,
Se dessinait au pied de l’église, dont l’ombre
S’allongeait à l’entour mystérieuse et sombre.
- Plus loin, un rayon rouge allumait les carreaux
D’une maison du quai ; – l’air était doux ; les eaux
Se plaignaient contre l’arche à doux bruit, et la vague
De la vieille cité berçait l’image vague ;
Et moi, je regardais toujours, ne songeant pas
Que la nuit étoilée arrivait à grands pas.
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Théophile GAUTIER
Pierre Jules Théophile Gautier est un poète, romancier, peintre et critique d’art français, né à Tarbes le 30 août 1811 et mort à Neuilly-sur-Seine le 23 octobre 1872 à 61 ans. Né à Tarbes le 30 août 1811, le tout jeune Théophile garde longtemps « le souvenir des montagnes bleues ». Il a trois ans lorsque sa famille... [Lire la suite]
Le soleil, sur sa fin, ne peut qu’être fugace,
Sa lumière pâlit, rougit et s’obscurcit.
Sous le ciel qui déjà se rapproche et noircit,
Il écoute, rêveur, le bruit du temps qui passe.
La grêle abat les fleurs et la brise les chasse,
Et, de notre existence, il doit en être ainsi :
Les mots, sous le clavier, deviennent indécis
Et forment d’autres mots sous les doigts qui se glacent.
Quel être que le nôtre, illusion du néant,
Et faible d’autant plus qu’il se pense géant;
Ne soyons point surpris que douleur lui advienne.
Le soleil, sur sa fin, pourtant, reste un soleil,
Gardant le souvenir, dans sa nuit sans éveil,
D’un semblant de douceur du passé, qui fut sienne
Astre hexaplanétaire
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L’étoile a pour vassaux six planètes fugaces
Que l’on voit graviter dans le ciel obscurci,
Elles dont fréquemment l’atmosphère noircit ;
Et leurs trajets toujours suivent le temps qui passe.
Une comète au loin semble partir en chasse,
Mais nous, sages, savons qu’il n’en est pas ainsi :
Il ne rejoindra rien, ce bolide indécis,
Esclave du chemin que suit son corps de glace.
Or, le système entier s’en va vers le néant,
Les six planètes soeurs et leur astre géant :
Cela est programmé, que veux-tu qu’il advienne ?
Ah, mais pour le moment, est-il plus beau soleil,
Que l’étoile bénie qui nous tient en éveil,
Qu’un poète parfois voudrait avoir pour sienne !