Au moment d’écrire
Au moment d’écrire j’ai déjà perdu par le doute l’ivresse de la vision
Et cette terre m’abandonne où je suis venu me briser
Je connaissais en m’éveillant
Ce que je ne pourrai vous répéter sans trahir
C’était l’horreur de toute mécanique de l’esprit
L’horreur des oeuvres décalquées sur l’automatisme cérébral des scléroses
Pierres polies et dépolies par le flux et le reflux de ce qui ne peut se répéter
Et je dénonce la raison paranoïaque des moines valorisée par l’avortement de la mémoire
Que toute vision ne soit qu’un jaillissement sur la mer haute du délire
Où seuls aborderont ceux qui ne connaissent rien
Ceux qui ne savent rien
Car je crois que tout s’est perdu dans l’horreur des filiations sans généalogie formelle
Et qu’il n’est pas un homme qui soit s’il n’est déjà de naissance transmissible et intransmissible
La révolte même peut se perdre à dénoncer la faillite
Puisqu’il n’existe pas de force pour détruire
Sinon le regard jeté par une nuit sans sommeil
Sur ce monde inapaisé de signes et de violence
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Jacques PREVEL
Jacques Marie PREVEL (1915 – 1951) est un poète français. Il est surtout connu pour avoir été l’un des derniers et fidèles amis du poète Antonin Artaud. Venu du Havre, il arrive à Paris durant l’occupation. Vivant autour de Saint-Germain-des-Prés, il renonce à toute situation pour écrire. Ainsi connaîtra-t-il... [Lire la suite]
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